« Pourquoi le nationalisme progresse ? » (L’Obs, 12 octobre 2017)

« Du haut de leur Olympe politico-économique, nos gouvernants apparaissent incapables d’entendre les angoisses et aspirations qui montent du peuple. Volonté d’autodétermination en Catalogne, référendum d’indépendance en Écosse, Brexit, montée politique des souverainismes et nationalismes, que se passe-t-il depuis quelques années en Europe, et au-delà ? Une certaine identité catalane, écossaise, britannique, française, allemande, autrichienne, hongroise, etc., se sent menacée partout où elle se retrouve mélangée à d’autres. Elle perçoit l’altérité comme altération. Elle considère la vie avec l’autre non pas comme enrichissement, mais comme perte de soi – de sa culture, de son histoire, de la maîtrise de son destin. Elle se persuade peu à peu que l’immigré, le migrant, sont des envahisseurs, que ses propres concitoyens d’une région plus pauvre sont des assistés, que l’État national est un vampire qui boit le sang de ses provinces, que l’Europe est le grand bain dissolvant du génie et de la liberté de ses peuples… »

« Quel être humain voulons-nous pour demain ? » (L’Obs, 17 septembre 2017)

« Sans arrêt, on fait des lois, on prend des décisions, on tente des réformes mais cela semble de moins en moins orienté par une véritable idée de l’homme. En cette période de rentrée, interrogeons-nous un peu sur les grands buts que va se donner notre société pour les mois qui viennent. Et commençons par nous poser, en préalable, une question : quel être humain voulons-nous pour demain ? Lorsque j’observe nos différentes politiques publiques depuis quelques décennies, je suis étonné de voir à quel point cette interrogation fondamentale manque à l’appel. Sans arrêt, on fait des lois, on prend des décisions, on tente des réformes mais cela semble de moins en moins orienté par une véritable idée de l’homme… »

« En finir avec le 11-Septembre » (L’Obs, 18 août 2017)

« À l’orée d’une rentrée qui inaugure pour nous une nouvelle année politique, médiatique, sociale, une question me taraude : allons-nous enfin sortir de la phase ouverte depuis plus de quinze ans par l’attentat du 11 septembre 2001 contre les Tours jumelles ? De cette phase maudite de tension toujours plus grande, ici dans nos sociétés occidentales, entre les musulmans et l’opinion publique ? Le fossé d’incompréhension, de rejet et de repli va-t-il commencer à se combler ? Il serait temps que la crise se termine, que l’envie de vivre ensemble reprenne enfin le dessus, que les femmes et les hommes de bonne volonté l’emportent des deux côtés ; face à ceux qui se servent de la religion comme d’une arme, d’une armure ou d’un mur pour se couper des autres, et pour s’enfermer eux-mêmes dans des croyances figées ; face à ceux qui se servent des valeurs de notre pays – et de sa laïcité – comme d’un bouclier et d’un bélier pour bouter le musulman hors de France, et lui refuser l’appartenance à notre société.

« Faire grandir la paix en soi pour faire progresser la paix dans le monde » (L’Obs, 21 juillet 2017)

« Pendant que nous, Français, étions focalisés sur l’élection présidentielle, d’autres ailleurs méditaient avec un peu plus de hauteur de vue sur le temps présent. En retrouvant aujourd’hui une oreille pour les écouter, on s’aperçoit vite que leurs réflexions relativisent considérablement les questions qui nous ont accaparés ces derniers mois. On réalise aussi à quel point les politiques qui nous sont proposées sont loin du compte, c’est-à-dire pas à la hauteur de ce qui se cherche aujourd’hui de plus profond dans notre civilisation humaine… »

« Le spectre d’une insurrection du peuple » (L’Obs, 23 juin 2017)

« Comme si de rien n’était alors que rien ne va plus ! Notre démocratie continue d’attribuer le pouvoir à des élus dont la représentativité, pourtant, pose désormais très gravement question. Qu’on en juge. Notre Assemblée nationale sera ultra-dominée demain par un parti qui n’aura recueilli au premier tour des législatives qu’un peu plus de 32 % des voix d’un vote marqué par une abstention record (57,4 % au second tour). Faites le calcul, cela signifie que le pouvoir législatif en France va exprimer la volonté d’un sixième du corps électoral total, soit trois Français sur vingt… »

« Et si on libérait notre énergie… spirituelle ? » (L’Obs, 28 mai 2017)

« Cette « orgie de politique », ces dernières semaines, m’a soudain donné envie d’une diète. Je sais, les législatives arrivent mais à présent que le président est connu, je vous propose de faire au moins une petite pause. Méditative, dirait Christophe André. Pour ma part, j’envisage cette pause comme moment propice pour se demander quelles sont les fins ultimes du politique ? A quoi doit-il servir, qui n’ait pas seulement à voir avec l’éducation, la justice, la sécurité, la culture, la santé, etc. mais qui mobilise tout cela comme autant de moyens au service d’une autre fin ? »

« Qu’allez-vous faire M. Macron contre les fractures de notre société ? » (L’Obs, 26 avril 2017)

« Monsieur Macron, vous êtes probablement notre prochain président de la République. Je vous invite à exercer cette responsabilité suprême en vous rappelant constamment – comme cap majeur de votre action – ce qui a essayé de nous rassembler tous depuis les terribles attentats de janvier 2015 : le désir de fraternité. Le désir de « relire notre devise républicaine de droite à gauche », en commençant par une fraternité qui seule peut faire du désir de liberté et d’égalité autre chose qu’une revendication égoïste pour « ma » liberté ou l’égalité de « mes » droits ou de ceux de « ma » communauté… »

« Le génie français peut mourir » (L’Obs, 3 avril 2017)

« L’avenir de la France dépendra demain de sa capacité à réinventer son génie historique. Mais quel est-il justement, ce génie ? L’art de vivre à la française, par exemple, se reconnaît de l’Alsace au Pays basque, des Hauts-de-France à la Provence, alors même qu’il s’exprime dans des terroirs, des traditions, des ambiances, chacune profondément singulière. Nos valeurs fondatrices elles-mêmes – liberté, égalité, fraternité – réalisent cette conjonction mystérieuse de l’un et du multiple. Elles nous rassemblent autour d’un bien commun qui offre à chacun d’exprimer sa différence. La laïcité, de même, c’est l’unité garantie des mêmes droits et devoirs pour la diversité des athées, agnostiques, croyants… »

« Nul besoin d’aller à la mosquée » (L’Obs, 12 mars 2017)

« Je lis dans le livre de Didier Leschi Misère(s) de l’islam de France ce reproche à « l’intellectuel musulman » : « A l’instar d’un Georges Bernanos qui allait à la messe, se confessait et communiait, nous aimerions que ledit intellectuel musulman se rende à la mosquée, qu’il relate dans un magazine le choc spirituel que lui aurait causé son pèlerinage à La Mecque et qu’il publie, dans un même élan, un libelle intitulé Les Grands Cimetières sous les dunes qui, partant d’une lecture généreuse du Coran, ferait date dans la critique de ces sociétés qui renvoient la majeure partie de l’humanité au sort peu enviable de mécréants. »

« La mécanique folle de l’individualisme » (L’Obs, 4 février 2017)

« Pourquoi aucun de nos candidats à l’élection présidentielle n’incarne-il l’avenir ? Ils sont restés enfermés dans le périmètre du politique tel que défini par les XIXe et XXe siècles… Libéralisme ? Étatisme ? Socialisme ? Souverainisme ? Nationalisme ? Ces catégories ne captent plus rien du monde que nous voudrions voir advenir. Ils ne soulèvent ni ne rassemblent plus aucune espérance collective. Le nouveau moteur de l’histoire est ailleurs. Du côté de ce qu’on avait cru exclu pour toujours de nos existences sociales et politiques : ce spirituel que la sécularisation avait relégué et confiné dans l’espace de la vie privée. Or, surprise, c’est bien lui qui soudain remonte irrésistiblement du fond de la société et du fond de nos âmes ! »