« Quelles pratiques islamiques pour notre temps ? De la nécessité de repenser sa vie spirituelle avec l’islam » (Saphirnews, 28 mars 2018)

« Comment parler de « réforme de l’islam » sans oser renouveler les pratiques religieuses ? La vie spirituelle parle du quotidien, de ce que chacun et chacune peut comprendre et faire pour approfondir sa quête personnelle de sens. Pour s’épanouir, elle a besoin aujourd’hui d’un ensemble de pratiques adaptées à notre temps. C’est justement ce travail que nous souhaitons initier lors d’une journée d’étude et de dialogue qui se déroulera samedi 21 avril à Paris sur le thème suivant : « Repenser sa vie spirituelle avec l’islam. Quelles pratiques islamiques pour notre temps ? ». Comme l’a dit récemment Yadh Ben Achour (« Réenchanter l’islam. Les voies du renouveau », Le Monde des Religions, n° 87, janvier-février 2018) : « Une pensée critique de l’islam existe, il faut la faire connaître. (…) C’est une longue tradition de l’islam que celle de la liberté, de la critique, de la vigilance intellectuelle, qui est aujourd’hui effacée par la visibilité dans les médias d’un autre islam, refermé sur lui-même. » Depuis plusieurs décennies, cette pensée est incarnée par des intellectuels majeurs mais elle a besoin pour gagner en légitimité qu’on la considère en braquant davantage les projecteurs sur elle… »

« Internet, séries, jeux vidéo… Passons-nous notre vie à regarder des ombres ? » (L’Obs, 4 mars 2018)

« Représente-toi de la façon que voici, dit Socrate, l’état de notre nature relativement à l’instruction et à l’ignorance. Figure-toi des hommes dans une demeure souterraine, en forme de caverne, ayant sur toute sa largeur une entrée ouverte à la lumière. Ces hommes sont là depuis leur enfance, les jambes et le cou enchaînés, de sorte qu’ils ne peuvent bouger ni voir ailleurs que devant eux, la chaîne les empêchant de tourner la tête… » Les prisonniers ont passé leur vie à regarder les ombres projetées sur la paroi de la caverne. Or, selon Socrate, ces hommes « nous ressemblent », et je me demande si aujourd’hui ce n’est pas encore plus vrai qu’hier… Ne passons-nous pas en effet notre vie à regarder des ombres ? Sans arrêt, du matin au soir et depuis notre enfance, notre attention est capturée par les images de nos écrans. La consultation de nos mobiles est devenue compulsive. La navigation sur internet n’a pas de fin. Le bon vieux film d’autrefois s’est allongé démesurément en séries cultes pour les uns, en jeux vidéo pour les autres. Les chaînes d’info en continu nous tiennent en haleine devant le feuilleton interminable de l’actualité. Les activités numériques prennent chaque jour en moyenne quatre heures de notre temps… »

« Méditons les grandes et petites questions de notre humanité » (L’Obs, 4 février 2018)

« Le rayonnement culturel de la France ? La Nuit des Idées organisée le 25 janvier par le ministère des Affaires étrangères à travers le réseau des instituts culturels français vient de rassembler des dizaines de milliers de personnes dans plus de cent villes à travers le monde. Sur le thème « l’imagination au pouvoir », l’opération de « diplomatie du savoir » ou de « diplomatie par la culture » a permis la tenue de centaines de débats, de spectacles, d’expositions. J’étais invité à faire deux conférences dans ce cadre à la Brooklyn Public Library de New York, j’en suis reparti avec le sentiment d’avoir participé à quelque chose de vraiment extraordinaire. Pour chaque conférence, le même scénario : imaginez une salle bondée, chaises et tables prises d’assaut par un public majoritairement étudiant et qui manifeste une qualité de concentration exceptionnelle. Les instants sont magiques. Tous sont captivés. On sent la parole résonner et faire son chemin dans chaque intériorité. On sent en même temps, dans le silence, une communion profonde… »

« Homo deus » prédit la fin de l’humanité (mais se trompe) » (L’Obs, 7 janvier 2018)

« Le best-seller de Yuval Noah Harari prophétise la fin probable de l’humanité, remplacée par le règne des intelligences artificielles. Mais quid de la sagesse ? Je viens de finir la lecture du best-seller mondial de Yuval Noah Harari, « Homo deus », dont beaucoup font des gorges chaudes mais qui m’a frappé par sa vision très nihiliste du futur. Il prophétise la fin probable de l’humanité, remplacée par le règne des intelligences artificielles. Or cette prédiction me paraît inutilement alarmiste et irrationnelle. Il croit pouvoir annoncer l’arrivée d’une nouvelle religion, celle des nouvelles technologies (génie génétique, médecine régénérative, homme augmenté, etc.) qui vont faire de nous des cyborgs immortels et nous transformer en dieux vivants. Mais curieusement sa représentation des dieux est strictement matérialiste. Il les décrit comme dans les comics de Marvel, c’est-à-dire dotés de « super-pouvoirs » qui les rendent capables « de concevoir et de créer des êtres vivants, de transformer leurs corps, de contrôler leur environnement et le temps ; de lire dans les esprits et de communiquer à distance ; de voyager à très grande vitesse… »

« Pensée vivante de l’immortalité. Mohammed Iqbal » (« Réenchanter l’islam. Les voies du renouveau », Le Monde des Religions, hors-série n° 87, 27 décembre 2017)

« Mohammed Iqbal propose une vie spirituelle qui enrichit le « moi » humain jusqu’à la prise de conscience de sa divinité intime. Mohammed Iqbal (1873-1938) est à peu près inconnu en France, tant du grand public que de nos intellectuels et de la plupart des musulmans. Il est pourtant l’un des plus grands philosophes et poètes du monde musulman de l’âge moderne. On ne réparera pas ici cette ignorance fâcheuse. Mais essayons tout de même de donner une petite idée de l’originalité de sa pensée en présentant l’un des « grands chantiers » qu’il a laissés ouverts pour quiconque veut s’engager dans une pensée renouvelée de l’islam, débarrassée de ses rigidités dogmatiques et de ses pesanteurs historiques. En l’occurrence, intéressons-nous ici à sa pensée de l’immortalité. On la trouve explicitée dans Reconstruire la pensée religieuse de l’islam, une série de conférences prononcées entre 1928 et 1932.

« Le champ de bataille de la laïcité » (L’Obs, 8 décembre 2017)

« L’arrêt récent de la Cour de Cassation relatif au port de signes religieux dans l’entreprise vient relancer le débat français. Cette décision confirme qu’une entreprise peut interdire à ses salariés d’afficher leurs signes d’appartenance religieuse mais à deux conditions : que le salarié ait un contact avec la clientèle, et que la règle d’interdiction figure explicitement dans le règlement intérieur. Les deux « camps » qui se sont formés ces dernières années sur le sujet de la laïcité auront bien sûr une interprétation diamétralement opposée : les uns se réjouiront au motif que la laïcité conquiert un nouveau territoire, les autres déploreront la timidité de la Cour. Ne peut-on pas se réjouir tout de même qu’enfin l’entreprise privée ne soit plus en position d’extraterritorialité vis-à-vis des principes et valeurs de la République ? Beaucoup de discussions en perspective, donc, autour d’une laïcité dont on peut déplorer qu’elle soit devenue ces dernières années en France un tel champ de bataille… »

« Pour des états généraux de la pensée de l’islam » (Libération, 22 novembre 2017)

« Plutôt que de se perdre en polémiques vaines et clivantes sur Tariq Ramadan, pourquoi ne pas parler vraiment de l’islam, qui est aussi une façon d’aborder la question de l’égalité ? A l’université et pourquoi pas au Collège de France. Chaque jour, j’ai vu le débat Charlie vs Mediapart attiser une guerre des gauches derrière laquelle disparaît presque complètement la question de l’islam de France. Quelle misère ! Tout au plus cette question pourtant cruciale est-elle prise en otage du conflit… Mais comment peut-on se permettre ainsi de passer encore et toujours à côté du sujet « islam », alors que de son traitement dépend en grande partie désormais l’avenir de la France ?

« Affaire Ramadan : « Nous restons tragiquement aveugles aux “racines du mal” de l’islamisme » (Le Monde, 14 novembre 2017)

« Combien de temps encore ?

L’affaire Tariq Ramadan est atterrante à bien des égards. Comment se fait-il qu’il ait fallu attendre le scandale d’accusations de violences sexuelles pour qu’enfin nos élites s’interrogent sérieusement sur le personnage ? Depuis quinze ans, j’ai eu plus que le temps de vérifier l’incapacité quasi systématique de nos médias, de notre classe politique, de la plupart de nos « grands » intellectuels à comprendre en profondeur les questions posées par l’islam. Cette intelligentsia se signale à peu près unanimement par son inculture sur le sujet, et, tandis qu’elle est si intelligente par ailleurs, voilà qu’ici elle n’arrive qu’à se partager benoîtement entre ceux qui considèrent le musulman comme le nouveau damné de la terre et, à l’autre extrême, ceux qui mélangent allègrement islam et islamisme sans s’en apercevoir… alors même parfois qu’ils croient être en train de distinguer les deux !

« La racine du mal terroriste » (L’Obs, 8 novembre 2017)

« Au sujet du procès d’Abdelkader Merah, l’avocat Alain Jakubowicz amorçait la semaine dernière dans « le Monde » une réflexion qui mérite d’être développée. Il écrivait que « ce n’est pas à la justice de régler le terrible sujet du terrorisme islamique qui frappe notre société. Quelle que soit la peine qui sera in fine infligée à Abdelkader Merah, le problème demeurera entier si on ne s’attaque pas aux racines du mal ». Les « racines du mal », exactement l’expression que j’avais employée dans ma « Lettre ouverte au monde musulman » pour l’appeler à passer d’urgence – face au dogmatisme et au radicalisme qui le gangrènent – du réflexe de l’autodéfense à la responsabilité de l’autocritique. La racine du mal terroriste, c’est l’état général d’une civilisation et d’une culture dans lesquelles une religion pourtant malade de son immobilisme, de son intolérance, de son machisme, veut faire la loi du sommet de l’État jusqu’à la morale personnelle en passant par l’ordre social… »