« Un silence assourdissant a remplacé le vacarme effroyable » (Le monde, 15 juin 2022)

 

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Ici le texte en accès libre :

De la « guerre » contre le virus à l’amnésie, de la psychose collective à l’oubli total : mais comment se fait-il que nous soyons passés aussi vite à autre chose au sortir d’une crise sanitaire qui a pourtant ébranlé à ce point tout notre vivre ensemble, et provoqué, outre le nombre des morts, de si gros dommages psychologiques, sociaux et politiques ? Bien que nous venions de vivre deux années d’une épreuve collective particulièrement éprouvante à tant de niveaux, plus personne n’en parle, comme s’il ne s’était rien passé ! C’est tout simplement ahurissant.

Faut-il donc trouver matière à se réjouir ou à s’inquiéter du fait que la pandémie, sa gestion politique et ses conséquences, ait été à ce point absente hier de la campagne présidentielle, et aujourd’hui des débats de la campagne législative ? Notre classe politique dans son ensemble, manifestement incapable de se saisir de ce qui a autant affecté nos vies, ne prouve-t-elle pas hélas, et une fois de plus, à quel point elle est hors-sol ? Ainsi la bataille pour le pouvoir a-t-elle repris son existence séparée, déconnectée… Ainsi également l’actualité a-t-elle repris sa course folle, sans queue ni tête, et nous voilà à nouveau, comme toujours, emportés sans prendre jamais le temps de nous poser pour réfléchir…

« Vous êtes, Eric Zemmour, l’exutoire de nos mauvaises pensées, de notre impuissance » ( Le monde, 8 déc 2021)

Tribune. La candidature d’Eric Zemmour à l’élection présidentielle est une mauvaise nouvelle pour notre pays. Elle pourrait seulement nous accabler, nous tous qui tenons à une France fraternelle, mais en réalité elle nous convoque. Elle fait devoir à tous les humanistes et tous les démocrates de notre pays de se lever et de se rassembler contre ce qui menace là, je veux dire la tentation de la haine.

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Tribune sur le passe sanitaire (Le monde, 29 juillet 2021)

Et ici le texte en accès libre :

Le Conseil d’Etat s’est exprimé le 19 juillet sur le projet de loi relatif à l’adaptation de nos outils de gestion de la crise sanitaire, mais, curieusement, sa réflexion a très peu mobilisé le principe de proportionnalité. En 2018, son vice- président honoraire, Jean-Marc Sauvé, en développait la définition dans Les Cahiers Portalis : « La puissance publique ne peut limiter la liberté des citoyens que “dans la mesure indispensable à la protection des intérêts publics” (Schwarze, 2009) : elle doit assurer en priorité la garantie des droits fondamentaux. Entre l’intervention de la puissance publique au nom de l’intérêt général et la sauvegarde des droits et des libertés des citoyens, le principe de proportionnalité permet d’opérer une mise en balance, métaphore de la justice. (…) Une mesure restrictive des droits et des libertés doit donc être à la fois appropriée ou adaptée, nécessaire et proportionnée. »
Comment se fait-il que le principe de proportionnalité ne soit pas au premier plan aujourd’hui dans le débat public alors qu’il est sans doute incontournable pour juger du bien-fondé des mesures sanitaires prises par l’Etat français depuis le début de la crise ? Pour cet Etat, sa mobilisation serait le signe qu’il considère les citoyens comme des êtres doués de raison, invités à réfléchir sur la série des questions éthico-politiques ouverte par ce principe.

« Que peut-on faire, si même Nicolas Hulot fait le constat de son impuissance ? » (Huffpost, 31 août 2018)

« Ce qui me frappe dans les commentaires de la démission de Nicolas Hulot, c’est l’incapacité à peu près générale à prendre la mesure de l’événement. Car il ne s’agit pas tant de l’échec d’un homme que d’une société tout entière, la nôtre, à ouvrir enfin les yeux sur un péril sans précédent. Et il ne s’agit pas seulement d’écologie, c’est-à-dire du rapport de l’homme à la planète mais d’un désordre de civilisation généralisé qui affecte tout autant les relations des hommes entre eux, à toutes les échelles.

« La fête du foot sans conscience » (L’Obs, 21 juin 2018)

« Pendant un mois, nous sommes tous partis vivre sur la planète foot. Exaltation des fiertés nationales, voire nationalistes, communion retrouvée de tout un peuple dans la même célébration des dieux du ballon, extase « orgasmatique » des buts sublimes… tout est réuni pour oublier dans l’ivresse que tout cela est aussi – d’abord ? – une affaire de gros sous. Un événement sans pareil pour faire du profit.

« Pourquoi le nationalisme progresse ? » (L’Obs, 12 octobre 2017)

« Du haut de leur Olympe politico-économique, nos gouvernants apparaissent incapables d’entendre les angoisses et aspirations qui montent du peuple. Volonté d’autodétermination en Catalogne, référendum d’indépendance en Écosse, Brexit, montée politique des souverainismes et nationalismes, que se passe-t-il depuis quelques années en Europe, et au-delà ? Une certaine identité catalane, écossaise, britannique, française, allemande, autrichienne, hongroise, etc., se sent menacée partout où elle se retrouve mélangée à d’autres. Elle perçoit l’altérité comme altération. Elle considère la vie avec l’autre non pas comme enrichissement, mais comme perte de soi – de sa culture, de son histoire, de la maîtrise de son destin. Elle se persuade peu à peu que l’immigré, le migrant, sont des envahisseurs, que ses propres concitoyens d’une région plus pauvre sont des assistés, que l’État national est un vampire qui boit le sang de ses provinces, que l’Europe est le grand bain dissolvant du génie et de la liberté de ses peuples… »

« Faire grandir la paix en soi pour faire progresser la paix dans le monde » (L’Obs, 21 juillet 2017)

« Pendant que nous, Français, étions focalisés sur l’élection présidentielle, d’autres ailleurs méditaient avec un peu plus de hauteur de vue sur le temps présent. En retrouvant aujourd’hui une oreille pour les écouter, on s’aperçoit vite que leurs réflexions relativisent considérablement les questions qui nous ont accaparés ces derniers mois. On réalise aussi à quel point les politiques qui nous sont proposées sont loin du compte, c’est-à-dire pas à la hauteur de ce qui se cherche aujourd’hui de plus profond dans notre civilisation humaine… »

« Le spectre d’une insurrection du peuple » (L’Obs, 23 juin 2017)

« Comme si de rien n’était alors que rien ne va plus ! Notre démocratie continue d’attribuer le pouvoir à des élus dont la représentativité, pourtant, pose désormais très gravement question. Qu’on en juge. Notre Assemblée nationale sera ultra-dominée demain par un parti qui n’aura recueilli au premier tour des législatives qu’un peu plus de 32 % des voix d’un vote marqué par une abstention record (57,4 % au second tour). Faites le calcul, cela signifie que le pouvoir législatif en France va exprimer la volonté d’un sixième du corps électoral total, soit trois Français sur vingt… »

« Et si on libérait notre énergie… spirituelle ? » (L’Obs, 28 mai 2017)

« Cette « orgie de politique », ces dernières semaines, m’a soudain donné envie d’une diète. Je sais, les législatives arrivent mais à présent que le président est connu, je vous propose de faire au moins une petite pause. Méditative, dirait Christophe André. Pour ma part, j’envisage cette pause comme moment propice pour se demander quelles sont les fins ultimes du politique ? A quoi doit-il servir, qui n’ait pas seulement à voir avec l’éducation, la justice, la sécurité, la culture, la santé, etc. mais qui mobilise tout cela comme autant de moyens au service d’une autre fin ? »

« Qu’allez-vous faire M. Macron contre les fractures de notre société ? » (L’Obs, 26 avril 2017)

« Monsieur Macron, vous êtes probablement notre prochain président de la République. Je vous invite à exercer cette responsabilité suprême en vous rappelant constamment – comme cap majeur de votre action – ce qui a essayé de nous rassembler tous depuis les terribles attentats de janvier 2015 : le désir de fraternité. Le désir de « relire notre devise républicaine de droite à gauche », en commençant par une fraternité qui seule peut faire du désir de liberté et d’égalité autre chose qu’une revendication égoïste pour « ma » liberté ou l’égalité de « mes » droits ou de ceux de « ma » communauté… »